Maïtena Biraben : Pourquoi choisir le sexe ? C'est une obsession !
Zep : Parce qu'il y a deux sujets incontournables quand on a un imaginaire : la conquête du monde et le sexe ! Ce sont les deux seuls endroits où tout est possible... Et puis pour moi, le sexe c'est résolument drôle. C'est le prolongement des jeux de notre enfance : l'un des rares lieux où l'on peut encore vraiment s'amuser... Avec le sexe comme avec le jeu, on s'oublie, on s'abandonne, on se déguise... bref, on a du plaisir ! Cette théorie très hédoniste balaie de la surface du globe tous ceux qui ont des problèmes sexuels !

Un de mes amis sexologue, avec qui j'ai discuté récemment, m'a dit : "les gens surinvestissent le sexe. Ils y règlent des rapports de pouvoir, de frustration et d‘estime de soi qui n'ont, en réalité, que peu de lien avec le sexe lui-même ou avec leur partenaire !" Je trouve dommage de rendre la sexualité "lourde" alors qu'elle est faite pour être ludique. Le sexe, c'est même souvent burlesque : quand on fait l'amour, on est poilu, on fait des plis, on est gras... C'est revigorant et puis ça fait de drôles de bruits !

Vu comme ça, effectivement ça donne envie !
On a tous envie que ce soit simple, mais l'équation de base rend les choses compliquées... Dans les films pornos, par exemple, l'homme est montré comme un conquérant dominateur qui se tient la hanche en baisant ! Aucun homme ne fait ça ! On "se la joue" beaucoup, mais on aimerait tant qu'on nous rassure ou qu'on nous guide parfois... Les femmes, elles, se "scannent" physiquement. Dès qu'elles ont un défaut, elles ne voient plus que ça ! Elles ne laissent rien passer, là où nous, nous ne voyons rien... Du coup, parfois, je me demande comment ma femme me voit vraiment ! (rires).

À quels "happy lecteurs" s'adresse Happy Sex ?
Pas à mes lecteurs habituels, et pas aux enfants, bien évidemment ! D'ailleurs les miens, qui vont et viennent à leur guise dans mon atelier, n'ont pas vu les dessins de l'album. Ce n'est pas un bon moyen pour eux de découvrir la sexualité ; il y a un décalage voulu dans le dessin qui va le rendre drôle pour les adultes, mais cet humour, les enfants ne le percevraient pas.
En même temps, je pense qu'il vaut mieux tomber sur Happy sex que sur un film porno... Je me souviens qu'enfant, je faisais mon éducation sexuelle avec Fous d'amour de Reiser ou le toujours ultra transgressif Râââh Lovely de Gotlib. Depuis, nous sommes devenus amis et je lui ai parlé des questions que je me posais en dessinant Happy Sex. Il m'a dit s'être posé les mêmes !

Avez vous affronté des doutes, des hésitations, des tabous ? Ou pire de la censure ?
Non pas vraiment, mais chaque homme à qui j'en ai parlé a eu la même réaction : "Waouh, t'as pas peur ?". Ben non, de quoi ? Chez les garçons, les choses sont beaucoup moins dites que chez les femmes. Les hommes sont dans la performance et moins dans la parole. Les femmes, entre elles, rigolent de toutes les situations intimes qu'elles vivent. Les hommes, non ! Et puis, voir ou parler du sexe de l'homme pose question. Ça crée une gêne en général.

Vous êtes-vous posé la question de la vulgarité ? Craigniez-vous de faire des planches trop anatomiques ?
Non. J'avais envie de raconter l'histoire de gens "normaux", ni bizarres ni déviants. Ce qui m'a intéressé, c'est le sexe du quotidien. La limite à ne pas franchir s'est imposée toute seule : je ne trouve mon travail satisfaisant que s'il fait écho à ma propre vie. Il faut que je puisse m'y retrouver. Voilà pourquoi l'homosexualité n'a pas trouvé sa place dans Happy Sex. Bien sûr, il serait plus "politiquement correct" de représenter tous les genres de sexualité, mais ce serait le faire pour de mauvaises raisons.

Voilà qui nous encourage à penser que Happy Sex est autobiographique, comme l'était votre album Découpé en tranches !
Oui et non. Oui, parce que j'ai une sexualité comme tout le monde et que je m'en inspire. Et non, parce que je n'ai pas vécu toutes les situations décrites dans Happy Sex. Mais imaginer, c'est mon métier ! Je me suis basé sur ma propre expérience et aussi sur mes amis, tels que je les imagine dans ces situations.
Chez les hommes comme chez les femmes, la sexualité ressort à travers le moindre détail : il suffit que j'observe une attitude, un geste, un échange de regards, une réflexion... Et c'est parti, mon imaginaire se met au boulot ! En fait, je suis comme une éponge. Et comme je vois partout des gens qui tentent de s'aimer, ça me donne des idées.

Quel est votre but avec ce livre ? Satisfaire vos fantasmes ? Donner un cours d'éducation sexuelle ?...
Je veux montrer que le sexe, c'est une sorte de "work in progress" : la première fois c'est pas forcément top, celle d'après c'est formidable, et les fois suivantes... surprise ! Le sentiment amoureux pèse parfois trop sur la relation sexuelle alors que pour moi, le sexe n'est pas le reflet de notre vie sentimentale. C'est l'inverse !

S'il fallait définir cet album en une seule phrase ?
J'aimerais que Happy Sex soit un bon aphrodisiaque du rire !









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